Le CH n’est pas bâti pour passer à l’étape “All in”

On entend souvent que la façon de gagner un championnat pour une équipe est de se bâtir une base solide tout en accumulant une bonne banque de prospects et de choix, et au moment critique, transiger ces jeunes actifs pour des vétérans de qualité et obtenir une équipe de calibre supérieur pour une courte période de temps, la fameuse fenêtre, où l’équipe pourra aspirer très sérieusement aux plus grands honneurs. Le problème avec cette stratégie c’est qu’elle n’est possible que si la base solide du club qui doit être là au préalable ne coûte pas trop cher et permet d’ajouter des vétérans de qualité, qui, par nature, gagnent des salaires assez élevés. Cette stratégie s’applique donc mal à un club qui compte déjà de nombreux vétérans qui accaparent une bonne portion de la masse salariale. À mon avis c’est le cas des Canadiens actuellement et pour les années à venir.

Marc Bergevin s’est lancé dans une ronde de signatures lors de l’entre-saison. Il a octroyé des contrats substantiels à Gallagher, Petry, Anderson, Toffoli, Edmundson et Allen qui viennent s’ajouter aux contrats très imposants de Price et Weber. Le club est déjà à la limite du plafond, tellement que Danault et Tatar, deux joueurs importants, doivent jouer cette saison sans nouveaux contrats. Dans tous les gestes posés par Bergevin au cours des derniers mois, il y a un côté clairement positif, soit que malgré toutes ses dépenses et ses engagements contractuels, le DG du CH n’a pas touché à ses jeunes joueurs et n’a pas échangé de choix top-60. Il a donc préservé ce qu’il a accumulé au cours du fameux “reset”. Cette richesse du CH en jeunes actifs en fait rêver certains au fameux “All in”. L’idée étant que Bergevin pourrait transiger certains de ces jeunes prospects de qualité, et aussi des choix de repêchage à venir pour aller chercher des joueurs établis de qualité qui amélioreraient son équipe immédiatement et en ferait un aspirant de premier ordre. Le problème avec cette idée séduisante et à courte vue, c’est que le club ne peut accueillir de joueurs de ce type car ils sont bien payés et le club n’a pas de marge de manœuvre salariale. Il est donc impossible d’ajouter du salaire.

Cette situation ne s’applique pas juste pour cette saison. Le club est pressé contre le plafond salarial et cela sera le cas pour les années à venir. Tout ce que Bergevin pourra faire, c’est remplacer des vétérans à forts salaires par des jeunes à faibles salaires. En fait, sa réserve de prospects est la clé de voute de sa stratégie actuelle. Il l’a lui-même déclaré cet automne. L’élément critique pour l’équipe au cours des prochaines années, pour se maintenir, sera sa capacité de remplacer des vétérans dans l’alignement par de jeunes joueurs qui pourront faire le travail. Le pipeline du club ne sera donc pas dilapidé dans une poussée à court terme, impossible de toute façon sous le plafond salarial, mais ce pipeline est la base de la stratégie du club pour les années à venir. Bien sûr, pour que cette stratégie fonctionne, les espoirs du clubs devront en majorité remplir leurs promesses. Les Suzuki, Kotkaniemi et Romanov semblent en bonne voie de s’établir avec l’équipe, mais d’autres devront suivre dans le futur assez proche. Il faudra aussi que les vétérans du club sous contrats à long terme demeurent assez bons pour être échangeables le moment venu. Si “All in” il y a, c’est durant les derniers mois qu’il a eu lieu. Le problème, c’est que malgré l’amélioration du club, celle-ci semble insuffisante pour faire du CH un aspirant réel à la coupe. Bergevin a décidé de miser sur Price et Weber en les entourant mieux cette année, mais dès l’an prochain les choses vont se compliquer. Danault et Tatar, deux joueurs encore très importants pour l’équipe actuelle deviendront UFA à la fin de la présente saison. Ils ne sont pas encore partis, mais les garder impliquerait d’échanger d’autres joueurs à forts salaires.

On voit bien que le CH est déjà totalement investi au niveau contractuel et qu’il n’y a pas d’ajout possible. Tout ce qui sera possible pour le futur prévisible ce sera des choix d’allocations salariales. Par exemple, Price et Weber comptent pour 18.25 M$ sur la masse salariale de l’équipe. Il est clair que la résolution des contraintes salariales de l’équipe passera à un moment donné par le départ d’un de ces deux joueurs, ou même des deux. Par exemple, l’échange de Shea Weber à la fin de la saison dégagerait assez d’argent pour garder Danault et Tatar. Le club préserverait ainsi sa profondeur à l’attaque et devrait trouver le moyen de palier à la perte d’un Weber vieillissant. Ensuite, quand Suzuki et Romanov voudront passer à la caisse à l’été 2022, le départ de Price pourrait être la solution. Bien sûr, cela suppose que Cayden Primeau soit prêt à prendre la relève à ce moment-là. Le départ de Weber implique que Romanov s’impose et puisse remplacer Weber sur le côté droit. Vous me direz qu’il y a bien des des choses qui devront bien tourner avec les jeunes du club, c’est vrai, mais Bergevin s’est placé dans une situation où le succès assez rapide de certains de ses jeunes est sa seule porte de sortie pour maintenir l’équipe à un niveau élevé.