Du manque de jugement de Geoff Molson, et de ses autres travers…

La conférence de presse qu’a donné Geoff Molson ce matin a confirmé mes craintes à son sujet. Cet homme n’est motivé que par une seule chose comme président de son équipe, les revenus de l’organisation, et pour s’assurer le maximum de revenus, année après année, il donne le mandat aux dirigeants hockey de son club de gérer à court terme pour mettre le meilleur alignement possible sur la glace à chaque année, un groupe de joueurs qui peut faire les séries, et si ce but n’est pas atteint avec grande régularité, c’est la porte. La coupe? On en parle, on l’évoque, impossible de faire autrement avec le passé glorieux et les 24 bannières, mais au fond, on s’en fout. La coupe c’est bon pour vendre le mythe. La gagner dans une ligue à 32 équipes? Si ça arrive, par un heureux concours de circonstances, on va le prendre, mais on ne peut pas baser l’entreprise commerciale sur ce but. Ça coûterait vraiment trop cher réellement tenter de bâtir un club champion et c’est trop hasardeux. Vaut mieux gérer pour seulement entretenir l’espoir chez le client, car au fond, ce qui compte ce n’est pas le partisan, c’est le client.

Molson a été très clair, la cause du congédiement de Bergevin est la piètre performance du club cette saison. Au diable les blessures, les cures de désintox et la fatigue mentale momentanée des joueurs. Monsieur Molson juge son DG à l’aune des résultats des vingt derniers matchs, c’est ce qu’on appelle gérer à la petite semaine, et il fout tout par terre sur cette base. Je fais un cauchemar ou quoi? Ces conneries viennent du même homme qui pensait que son fameux “reset” était terminé après seulement deux ans, deux années au cours desquelles il a demandé, ou à tout le moins appuyé le fait que son DG fasse une offre hostile à Sebastian Aho. Un geste stupide qui a coûté au club la pièce maîtresse du fameux supposé “reset”. Cette offre hostile était en contradiction totale avec la stratégie qu’il avait décrétée seulement un an avant. Toute cette incohérence est le fruit du proprio, et aujourd’hui c’est Marc Bergevin qui paie le prix de ce délire. Il y a quelque chose de pourri au royaume du club de hockey “Les Iroquois de Montréal”.

Je dis Iroquois car pour M. Molson, le français c’est important. C’est pour ça qu’il vient de créer une structure de gestion hockey où le vrai DG sera Jeff Gorton, mais on engagera un francophone de service pour le seconder, et le bon Geoff a le culot de penser que tous vont avaler cette couleuvre. Le pire c’est qu’il n’a peut-être pas tort, à quelques exceptions près… Mais au-delà du mépris larvé, c’est encore une façon de tenter de faire taire la critique, car M. Molson n’aime pas la critique. Il est prêt à presque tout M. Molson pour éviter la critique. En sacrifiant Bergevin et Timmins, il pense s’être acheté la paix pour un temps.

L’autre aspect pathétique de sa conférence de presse c’est quand il a dit être ouvert à une reconstruction complète si c’était ce qui lui était proposé par M. Gorton. Il n’aime pas la critique M. Molson, mais en même temps, il n’a pas peur de rire au visage des gens. Son fameux “reset” a été une farce. Il l’a prouvé par ses actions et ses déclarations, comme je l’ai démontré plus haut, et là, il voudrait qu’on croit qu’il est prêt à souffrir pendant au moins cinq ans et courir le risque de devenir les Oilers ou les Sabres des quinze prochaines années? Il nous prend vraiment pour des cons M. Molson.

Soyons clairs, le futur de ce club est dans les mains de Jeff Gorton. Tout dépendra de lui pour un an ou deux. Tout dépendra de jusqu’à quel point il pourra influencer son patron et l’amener à accepter la médecine qui est nécessaire pour redresser son équipe. Si Gorton pose le bon diagnostic et a la colonne vertébrale pour imposer le bon remède à son mollasson de proprio, alors, peut-être y a-t-il un espoir. Mais si Gorton veut absolument faire plaisir le plus rapidement possible à son nouveau patron, ce sera la catastrophe.

Molson doit se remettre en question avant de remettre en question son DG

Les choses continuent d’aller très mal pour le CH, et, sans surprise, on peut lire des journalistes écrire que si les choses ne se replacent pas rapidement, le couperet devrait tomber sur Bergevin et autres haut placés dans la direction de l’équipe. À mon avis, cette solution est celle de la facilité, et surtout, pour faire image, elle maintiendrait une sorte d’éternel recommencement.

Vous le savez, à part du CH au hockey, mon autre équipe favorite, que je suis aussi de très près, sont les Patriots de la Nouvelle-Angleterre au football de la NFL. On s’entend, le CH de Bergevin n’a jamais même frôlé l’excellence des Pats de Bill Belichick. Ceci dit, les Pats ont vécu récemment un processus qui me rappelle ce que vit le CH actuellement. Durant une période de cinq saisons, entre 2015 et 2019, les Pats ont participé à quatre Super Bowls, en ont perdu un, gagné trois, avec comme leader incontesté sur le terrain, le quart-arrière Tom Brady. Durant cette période, Bill Belichick a fait des échanges et a joué avec les règles du plafond salarial pour maximiser la force de son équipe pendant ce qu’il croyait être les dernières années de Brady. Toujours est-il que rendu à la saison 2020, même avec Brady toujours en poste, le club a montré des signes clairs de déclin. Brady avait l’air plus vieux, mais on sentait aussi qu’il était moins bien entouré, avec moins de joueurs de talent pour l’aider. Néanmoins le club a fait les séries, mais s’est fait sortir au premier tour. La fiche intéressante de 12-4 du club cette année-là était trompeuse. Sans Brady les Pats aurait été un club de 0.500, au mieux. Brady voulait une prolongation de contrat de deux ans qui l’aurait mené à 45 ans. Belichick n’a pas voulu la lui donner car il savait qu’il n’avait plus le talent nécessaire pour entourer son quart vieillissant. Il a donc laissé partir Brady comme joueur autonome en sachant que ça signifiait une forte baisse de régime pour son équipe et que le salut futur passerait par l’acquisition d’un quart capable de succéder à Brady, sans que ce quart soit nécessairement aussi bon que Brady. Il lui fallait trouver un successeur viable avec plusieurs des qualités du jeune Brady d’il y a 20 ans.

Belichick a donc eu la lucidité de s’apercevoir que son club après un niveau de succès inégalé devait passer à l’après Brady. Pas parce que Brady était fini, mais parce que les Pats n’avaient plus le talent nécessaire pour aspirer au grand honneur, même avec lui, et que la présence de Brady ne faisait que masquer la réalité du déclin du club. En laissant partir Brady, Belichick assumait que le niveau de performance de son club allait reculer, mais cela ne l’a pas arrêté, même s’il n’y avait rien de garanti pour la suite. Sans un quart élite dans la NFL d’aujourd’hui, il n’y a pas de succès réel qui est possible. Belichick se lançait donc dans l’inconnu, et l’étape cruciale pour espérer obtenir du succès sans Brady était de trouver un bon quart. Belichick est encore dans ce processus actuellement. Il a repêché un jeune quart en milieu de première ronde cette année et il lui donne de l’expérience actuellement. Il ne sera pas Brady, mais il montre de bons signes et son club a une fiche de 4-4 actuellement. Rien n’est assuré pour la suite, mais Belichick a fait ce qu’il devait faire. Il a assumé que son club avait atteint la limite avec un Brady encore bon, mais vieillissant. Il devait trouver une successeur au poste de quart et améliorer la performance globale de l’équipe au repêchage, élément qui avait fortement décliné durant la période glorieuse de 2015-2019. Le grand club dominait, mais les performances au repêchage piquaient du nez. Ce qui a contribué à l’impasse de 2020 pour les Pats.

Cette histoire nous ramène au CH, avec tous les bémols nécessaires. Le CH ne se compare pas aux Pats ces 20 dernières années. Deux mondes. Ceci dit, il y a quand même une similitude. Le CH vient de perdre les deux vétérans élites qui les avaient mené en finale la saison passée en Price et Weber. Ni l’un ni l’autre de ces joueurs ne se compare à Brady en terme d’excellence. Ceci dit, à l’échelle du CH, la perte de ces deux joueurs peut se comparer, jusqu’à un certain point, au départ de Brady pour les Pats. Ça laisse un grand vide.

Sur ce blogue j’avance depuis un bon bout de temps que le CH doit passer à l’après Price/Weber. Le club doit faire comme Belichick a fait par rapport à Brady. Price reviendra probablement au jeu cette saison, mais on sait qu’il a peu de chances de redevenir un facteur déterminant dans la performance de l’équipe. Le gars est hypothéqué. Molson doit tirer la conclusion de cet état de fait. L’observateur averti savait depuis un bon bout de temps que le CH n’était pas un vrai club aspirant. Le printemps passé il ont été plus loin qu’il était logique d’espérer, et on a vu que le club ne pouvait pas rivaliser avec Tampa Bay. La saison dernière, dans des circonstances particulières, Price a mené ce club plus loin qu’il était réaliste d’espérer. La limite des limites a été atteinte. À partir de ce constat, seul un recul brutal était possible et on le vit présentement. Ce n’est pas la faute de Bergevin, ni la faute de Ducharme. C’est la réalité des choses. Comme Belichick, Molson doit encaisser le réel et partir de là. Je parle de Molson par rapport à Belichick car à Montréal présentement, celui qui a l’avenir du club entre ses mains, c’est Molson et non son DG en fin de contrat, alors qu’en Nouvelle-Angleterre, Belichick est solidement en poste pour ce qui est des décision stratégiques au niveau football.

Donc, Molson doit être réaliste et bien lire la situation. Le club a eu sa ballade très improbable jusqu’en finale, contre toute attente, mais maintenant c’est le retour à la dureté du réel. Les journalistes évoquent le couperet pour les dirigeants du club si l’équipe ne se met pas à mieux jouer. Pour moi l’enjeu n’est pas là. Cette baisse de régime de l’équipe était prévisible, tellement que je l’avais moi-même anticipée, et il n’y avait pas besoin d’être un devin pour le faire. Tous les indicateurs pré-saison pointaient vers ça.

Selon moi, la question que Molson doit se poser c’est de savoir ce qui est le mieux pour l’avenir de son équipe. La continuité de la direction actuelle, ou tout foutre par terre et repartir à neuf. À moins qu’une solution mitoyenne soit possible. La première question est de savoir où en est Marc Bergevin dans sa tête. A-t-il encore les ressources psychologiques pour bien poursuivre son travail, ou bien est-il trop usé mentalement? Si Bergevin a encore les ressources nécessaires pour continuer à 100%, je le garderais car il est un meilleur DG aujourd’hui qu’en 2012. Ceci dit, je ne le garderais pas sans un recadrage de son mandat et de ses manières de procéder. J’aurais une longue réunion avec lui pour faire le bilan de ses 10 premières années en poste et tout serait passée en revue. Ses forces seraient mises en exergue, mais aussi ses faiblesses, en insistant que si je lui donne une prolongation de contrat, c’est qu’il a plus de forces que de faiblesses. Ce qui n’empêche pas qu’il devra corriger ses faiblesses. Ces faiblesses sont essentiellement son émotivité mal contrôlée face à certains de ses joueurs. Ses prises de décisions doivent être aussi objectives que possible. Son autre grande faiblesse, et elle découle en partie de son émotivité mal contrôlée, c’est au niveau de ses offres de contrats pour des prolongations de joueurs déjà avec l’équipe, ou à des joueurs autonomes. Autant Bergevin négocie bien pour des échanges avec d’autres DG, autant il négocie souvent mal avec les agents de joueurs. Un DG ne peut être parfait au niveau des contrats qu’il octroie, mais Bergevin s’est trompé beaucoup plus souvent qu’il n’a eu raison, et a parfois été sauvé de lui-même par des joueurs qui ont refusé ses offres. Voilà pour le cas Bergevin.

Toutefois, dans l’éventualité où Bergevin serait au bout du rouleau mentalement, ou qu’il refuserait la critique justifiée de certains aspects de son travail, alors Molson devrait décider de la suite à donner à la direction hockey de son club. La première question qu’il devrait poser, c’est à lui-même. Faire la critique des faiblesses de Bergevin, c’est une chose, mais faire son autocritique c’est plus difficile. Je reviens souvent avec cet élément d’analyse, mais Molson devra se demander s’il est temps de mettre un terme à la politique du “tenter de faire les séries à chaque année”. Cette doctrine semi-officielle empoisonne la gestion de cette équipe depuis toujours. Dans le temps de la ligue à six clubs elle allait de soi, même chose à 12 clubs ou quand 16 clubs sur 21 faisaient les séries. Toutefois, dans une ligue où maintenant un club sur deux fait les séries, cette façon de voir les choses ne peut plus être systématique. Le proprio du club doit être réaliste et avoir de la perspective. La plupart des gagnants de la coupe des 20 dernières années ont eu à payer le prix d’un séjour hors des séries avant de connaître du succès. C’est pratiquement un passage obligé. Le piège qu’il faut éviter s’est de s’enliser dans la médiocrité.

Donc, pour revenir à Molson, il doit renoncer à ce mandat qu’il donne à ses DG, et s’il doit nommer un nouveau DG, il doit renoncer à le choisir en fonction d’un plan de retour rapide en série. Au contraire, si un nouveau DG devait être nommé, il devrait l’être en fonction de son plan d’ensemble pour arriver à construire un club champion à terme, et un club qui pourra se maintenir dans le premier tiers de la ligue sur une longue période avec un solide plan de gestion des actifs. Un plan pouvant permettre un afflux régulier de jeunes talents couplé à une politique d’échange au moment propice des joueurs vieillissants. Si je devais engager un nouveau DG pour le CH, je voudrais quelqu’un qui pourrait remplacer Bergevin dans la structure de direction actuelle du club sans tout foutre par terre. Ceci dit, amener quelqu’un de l’extérieur comme DG, sans faire plusieurs jaloux ou frustrés à l’interne, ne serait pas facile. À moins que le successeur soit déjà dans l’organigramme actuel.

Je ne sais pas ce que Molson va faire, mais baser sa décision sur les performances actuelles de l’équipe n’aurait aucun sens. Il doit voir plus large et voir plus loin et il doit se remettre en question lui-même dans son approche. Décréter la fin du “reset” comme il l’a fait en septembre 2020, juste deux ans après avoir annoncé le début de celui-ci était complètement ridicule. Je lisais Mathias Brunet l’autre jour qui écrivait qu’il faudrait lancer un deuxième “reset” après celui de 2018. Voyons donc! La réalité c’est que le “reset” de 2018 n’est même pas terminé. Bergevin n’a pas touché à ses jeunes actifs de valeur depuis l’échange de Sergachev contre Drouin. Tous les autres choix et prospects de qualité ont été gardés. Il n’y a que Kotkaniemi qui a été perdu à cause de la stupide offre à Aho, et aussi un choix de premier tour 2022 qui devra aller en Arizona en retour de Dvorak, mais tout ça découle de la stupide offre à Aho. Autrement, le reset de 2018 ne s’est jamais arrêté et le pipeline est bien plus garni qu’il ne l’était en 2018. Alors Molson a vraiment un examen de conscience à faire avant de porter le blâme sur les autres. Et pour l’offre à Aho, de l’extérieur on ignore qui est responsable de cette connerie. Est-ce que ça vient de Bergevin ou de Molson, car n’oubliez pas que la prémisse supposée de cette offre était que la situation financière de Dundon, le proprio des Canes, était chancelante. Donc, ça relèverait, en principe, plus de Molson que de Bergevin. Ceci dit, on l’ignore.

Au final, dans la situation actuelle du club, le personnage important n’est pas Bergevin, c’est Molson. C’est lui qui détient le pouvoir et c’est lui qui est en poste depuis le plus longtemps. C’est lui qui pousse pour que le club fasse les séries à chaque année au détriment d’une stratégie à plus long terme. C’est lui aussi qui a perdu en crédibilité en pensant qu’une réinitialisation pouvait ne durer que deux ans. C’est peut-être aussi lui qui est derrière la stupide offre hostile à Sebastian Aho. À tout le moins, il a entériné ce geste débile. Donc, changer de DG, ou garder Bergevin, sans changer la philosophie de base de l’organisation ne changera pas grand chose. Avec la fin de Price et Weber, obtenu pour Subban, le CH sort en réalité de l’ère Bob Gainey, et il faut en profiter pour revoir les façons de faire car le fil rouge qui relie ses 20 dernières années a été une quête continuelle pour avoir un club respectable, mais jamais un club champion. L’organisation n’a jamais eu cette patience et cet engagement. Ces 20 années ont été une suite de coups tactiques sans vision stratégique. Cela doit changer, et celui qui a le pouvoir de changer cela est Geoff Molson. Le temps des bouc émissaires devrait prendre fin. Le regard devrait se porter vers le siège réel du pouvoir dans cette organisation, celui du président et copropriétaire.

Organisation en déroute

Je le sais, mon titre peut paraître alarmiste. Disons que c’est plus une impression qu’autre chose. Je pense qu’il y a encore une possibilité pour que les choses ne tournent pas si mal, mais le rayon d’espoir est mince. Il y a beaucoup plus de faisceaux qui pointent du côté négatif, voire même vers une saison désastreuse. L’indication la plus inquiétante pour la saison qui vient est le statut contractuel du DG du club, Marc Bergevin. Ça sent la fin de régime. Comme si toute l’action de Bergevin comme DG avait culminé la saison dernière avec une présence en finale, à court de l’objectif ultime, et qu’après cet échec objectif, bien qu’une victoire morale, il ne pouvait y avoir qu’un recul marqué car pour en arriver là, trop d’énergies ont été sollicitées.

Quand on fera le bilan définitif de l’ère Bergevin à Montréal le nom de joueur qui sera au haut de la liste sera celui de Carey Price, un joueur dont Bergevin a hérité, mais sur lequel il a tout misé. La présence en finale a montré pourquoi Bergevin a tellement cru en ce joueur, mais en même temps, Price est un joueur fragile qui symbolise bien l’état actuel du club. Je dis du club, car l’organisation dans son ensemble, elle, est plus solide que le club qui sera sur la glace cette année. Je l’ai souvent répété, j’aime le pipeline créé ces dernières années par l’organisation et j’aime le fait que Bergevin a évité pour l’essentiel de toucher à ce pipeline, même si une l’offre hostile et inconsidérée à Aho a mené à la perte d’un très bon jeune joueur. Bergevin ces dernières années a déclaré que s’il devait partir il laisserait à son successeur une banque de bons jeunes joueurs. Pour le moment, c’est vrai.

Ceci étant dit, malgré tout le crédit que je donne à Bergevin pour la création et la préservation d’un bon pipeline, il n’empêche que pour ne pas toucher à cet actif précieux, il a accumulé les décisions malheureuses, surtout au niveau des décisions d’offres de contrats, et sa lecture de la situation de son organisation a souvent été erronée et parfois il a été plus chanceux que compétent. Ajoutez à cela son émotivité à fleur de peau qui constitue son principal handicap décisionnel. Un DG ne peut pas laisser ses sentiments pour ses joueurs l’affecter, et il semble clair que Bergevin n’a jamais su en faire complètement abstraction.

Le deuxième joueur derrière Price dans la liste des joueurs les plus importants de l’ère Bergevin a été Shea Weber, et aujourd’hui les deux ne peuvent pas être là pour aider l’équipe. Pour moi ça symbolise la situation précaire de l’alignement actuel de l’équipe, et ce pourquoi Bergevin est probalement sur ses derniers milles comme DG du club. Le reflux risque d’être sévère et il faudra un coupable. Toutefois, si tel est le cas, je ne comprends pas pourquoi Bergevin est toujours en poste. Pour moi il y a deux choix possibles à ce moment-ci pour Molson à propos du poste de DG. Soit il offre une prolongation à Bergevin avec un vote de confiance fort et le mandat d’amener le club dans l’après Price, ou bien il en fait le bouc-émissaire de la situation actuelle, en vantant ce qu’il a accompli de positif, mais en disant du même souffle qu’il faut quelqu’un de nouveau pour une nouvelle étape. Le problème c’est qu’il ne semble pas y avoir de dauphin dans l’organisation si on veut un DG qui parle français. Le seul candidat est Martin Lapointe et je doute qu’il ait la prestance pour occuper ce poste. Peut-être est-ce que je me trompe à son sujet.

Une chose est sûre, la situation actuelle est bizarre. Bergevin vient de donner un contrat de trois ans à Ducharme, mais lui-même est sur sa dernière année de contrat. Le club a eu une entre-saison très courte et ne semble pas avoir la fraîcheur mentale pour entamer une nouvelle saison. Le club ne semble pas affamé, il semble plutôt fatigué mentalement. Price, Weber et Danault laissent des trous énormes. Un des remplaçants, David Savard, s’est lui aussi rendu en finale et a lui aussi cette fatigue mentale. Drouin est de retour, mais on ignore sa solidité réelle. Le club commence l’année avec une liste de blessés importante. Disons qu’après l’euphorie de la présence en finale, le contraste risque d’être très marqué. Le club actuel est clairement moins bon que le club qui s’est rendu en finale. Rappelez-vous du sort de Dallas après leur présence en finale dans la bulle. Ils ont raté les séries l’an passé tout en étant eux aussi affectés par des blessures à des joueurs importants (Séguin, Radulov, Bishop). Je pense que c’est le sort qui attend le club montréalais cette année. J’entrevois une année pénible, des vétérans qui partiront à la date limite des échanges et un choix de repêchage top-10 l’été prochain.

Autopsie d’un fiasco monumental

Voilà. C’est fait. Les Canadiens de Montréal ont annoncé qu’ils n’égalaient pas l’offre hostile faite à Jesperi Kotkaniemi par les Hurricanes de la Caroline. Malgré toute ma bonne volonté, il n’y a pas de moyen actuellement de trouver un angle positif à cette situation. Geoff Molson et Marc Bergevin paraissent extrêmement mal dans toute cette histoire. La décision hasardeuse de faire une offre hostile à Sebastian Aho en juillet 2019 leur explose au visage.

À mon avis, il n’y a qu’une possibilité pour que cette décision, à moyen ou long terme, paraisse bien, et ce serait que le CH frappe un coup de circuit avec un des deux choix des Canes, ou avec les deux, ceci dit, comme le court terme a préséance sur tout à Montréal, il est peu probable que Bergevin exerce ces deux choix. Il est plus probable qu’il va s’en servir pour conclure un échange de rafistolage, comme c’est la tradition à Montréal. Il va fort probablement offrir ces deux choix, et plus, dans un échange pour acquérir un joueur de centre expérimenté, ce, après avoir bêtement laissé filer Philippe Danault comme joueur autonome il y a un mois.

La gestion de Bergevin dans ce dossier a été exécrable. Il a carrément l’air d’un pee-wee et il n’y a pas moyen de trouver une once de positif dans ce fiasco. La Caroline s’est jouée de Molson et Bergevin. Le pire, c’est que pour tenter de réparer leur gaffe, le duo de tête de l’équipe risque de s’enliser encore plus. Ils n’auront pas la modestie d’encaisser le coup et de s’en tenir à une gestion à plus long terme. Qu’on le veuille ou non, la perte d’un jeune joueur comme Kotkaniemi va faire très mal au club. Montréal a investi trois années dans le développement de ce jeune joueur avec le grand club, et de les voir perdre tout ça est consternant.

Finalement, le comportement de Kotkaniemi est aussi choquant. Vous direz ce que vous voudrez, il a accepté un contrat illégitime. Je dis illégitime car d’aucune façon Kotkaniemi ne mérite ce salaire, contrairement à l’offre du CH à Aho. Le jeune fait donc un pied de nez à l’organisation qui l’a repêché, qui a cru en lui, et qui lui a permis d’atteindre le statut de RFA à seulement 21 ans. Je me fous de l’argent et du fait que le sport professionnel est une entreprise. Il y a une sorte de trahison dans le geste de Kotkaniemi, et c’est faux de prétendre que n’importe quel autre jeune joueur aurait fait la même chose pour un contrat d’une seule année. Certains jeunes joueurs planifient mieux leur carrière. Si vous me dites qu’il y a une entente pour une prolongation de contrat plus raisonnable en Caroline plus tard, ça n’arrange rien, ce serait pire encore. Ce jeune, pour moi, est aujourd’hui à classer au rang des purs mercenaires, et ce à seulement 21 ans. C’est à dégoûter du sport professionnel. Ceci dit, les premiers coupables demeurent Molson et Bergevin qui ont parti le bal, et qui auraient été bien contents de soutirer Aho aux Hurricanes si leur offre avait fonctionné.

Retour au hockey

L’humiliation publique à laquelle s’est soumis Geoff Molson hier, et le refus de Bergevin de répondre aux questions incessantes des journalistes sur l’affaire Mailloux, semblent avoir réussi à enfin mettre le couvercle sur l’ébullition woke dont nous avons été témoins ces derniers jours. Les wokes ont fait plier les genoux de l’organisation montréalaise, mais sur le fond, celle-ci a évité de se renier totalement. Le jeune Mailloux est toujours propriété du CH, et on va tenter de le cacher à London le plus longtemps possible, en espérant que la qualité de son jeu validera le bien fondé de ce choix en bout de course.

Cela nous laisse avec ce qui est le vrai sujet de ce blogue, un sujet plus léger, moins conséquent, le hockey, en général, et celui de la LNH et du CH en particulier. Où en est le club montréalais après que le plus gros de l’action de l’entre saison ait eu lieu? J’ai aimé le repêchage du club encore cette année. On a pu comprendre entre les lignes que Mailloux était très haut sur la liste de du CH, tellement qu’on a jugé que de le choisir valait le coup malgré la tempête qui suivrait. Aussi, le CH a une très bonne feuille de route dans le repêchage de défenseurs. Si Mailloux devient un défenseur élite, le club se félicitera en secret, dans quelques années, d’avoir eu le cran de le repêcher. Je dis en secret, car ce qu’on a vu ces derniers jours fut un grand ballet d’hypocrisie, pas seulement de la part de la direction des Canadiens, mais aussi de la part d’un grand nombre de journalistes et de commentateurs qui se sont sentis obligés d’adopter l’indignation de circonstance au lieu de donner le fond de leur pensée sur cette histoire. Enfin… J’ai aussi aimé les autres choix de l’équipe. On a misé sur le talent d’abord et avant tout. Joshua Roy a le potentiel de devenir un vol de grand chemin s’il décide de vraiment devenir un joueur professionnel et d’y consacrer les efforts nécessaires. Il est un des plus jeunes joueurs repêchés cette année, et il est identifié comme surdoué depuis qu’il a 14-15 ans. Sa marge de développement est énorme.

Pour ce qui est de l’alignement de l’équipe pour l’an prochain, Bergevin a clairement décidé de miser sur la jeunesse. Ce club sera aussi bon que le seront Suzuki, Kotkaniemi, et dans une moindre mesure, Evans, Poehling, Caudield et Romanov. Je place Suzuki et Kotkaniemi en tête de liste suvis de Evans et Poehling car la plus grosse décision de Bergevin cet été a été de laisser partir Danault qui était l’ancrage de sa ligne de centre, celui qui rendait la vie plus facile aux autres. Il n’est maintenant plus là. Les jeunes devront grandir vite et absorber la pression. Il est aussi ironique de voir qu’il ne reste que Gallagher comme membre de son trio des dernières années. Un grand mystère en ce qui me concerne. Sa gourmandise salariale a expulsé Danault de l’équipe. On peut dire ce qu’on veut, mais c’est un fait.

Sinon, Bergevin a fait du rapiéçage hier en mettant sous contrat pour trois ans David Savard et Mike Hoffman. Ils remplacent Weber et Tatar, joueur pour joueur. Je ne pense pas que le CH sorte gagnant de ces deux substitutions. Si Tatar n’était pas assez bon et fiable pour jouer en séries, imaginez ce que ce sera avec Hoffman. Pour la première fois, en théorie, le club pourra compter sur Caufield et Drouin en même temps dans l’alignement. Si Drouin n’est pas troublé de façon permanente, ça pourrait être positif. Cedric Paquette offre de la profondeur au centre si Poehling n’arrive pas à s’imposer sur le quatrième trio. Même chose pour Chis Wideman en défense. Il y a aussi Kaiden Guhle qui aura une chance de forcer la main de Bergevin au camp. L’idéal serait qu’il joue une autre année junior, mais en même temps, s’il avait déjà une année pro dans le système l’an prochain, ça aiderait à être patient avec les autres jeunes défenseurs qui arriveront alors, les Harris, Struble, Fairbrother et Norlinder. Ceci dit, Norlinder sera au camp cet automne et Bergevin a mentionné hier qu’il aurait sa chance de percer dès cette année.

Finalement, quand on regarde le portrait salarial du club pour 2022/23, on se rend compte que les choses ne cadrent pas. Avec la signature de Kotkaniemi et Lehkonen, et le retrait du salaire de Weber, le club sera une couple de millions sous le plafond pour cette année, sans autre ajout, mais l’an prochain il n’y a que le contrat de Chiarot qui se termine, et qui compte pour un bon montant (3.5 M$). Toutefois, Suzuki sera dû pour une énorme hausse de salaire, et Romanov sera aussi dû pour son deuxième contrat. Le problème, c’est que tous les hauts salariés à l’avant ont encore au moins deux ans de contrat à faire. Il est donc clair que Bergevin devra transiger un ailier, ou procéder à des rachats pour faire cadrer les choses.

Ce club en est donc un qui est encore en période de transition. Les jeunes n’ont pas encore pris le contrôle qui est nécessaire pour faire du club un aspirant sérieux à la coupe. La percée en finale n’est pas un juste reflet de la qualité réelle de cette équipe pour l’année qui vient. Le plus important la saison prochaine sera de voir une amélioration des jeunes centres de club. Il serait aussi très important de voir Cayden Primeau s’imposer à un moment donné comme le futur gardien #1 de l’équipe. Price est souvent blessé, alors il est probable qu’il y aura une fenêtre d’opportunité pour lui en appui à Allen. Le repêchage d’expansion de Seattle a brisé le tabou Carey Price. On sait maintenant que l’organisation peut s’en départir si le contexte s’y prête. Elle ne le fera pas sans une alternative valable entre les poteaux, et cette alternative possible, pour le moment, c’est Primeau. Aussi, avec l’état des hanches et des genoux de Price, il faut se souvenir qu’il est un candidat pour finir sa carrière sur la LTIR. Réussir à soustraire ce contrat de la masse salarial du club donnerait beaucoup de flexibilité pour les années à venir. Il faudra payer Suzuki, mais aussi Caufield et contrairement à certains, je persiste à penser que Kotkaniemi va pleinement éclore. L’évaluation de ce joueur est biaisé par son rang de sélection, et son arrivée trop hâtive dans la LNH, compte tenu que c’est un joueur à maturité tardive. Il commence juste à ressembler à un homme.

Je pense donc que l’organisation demeure sur la bonne voie, malgré l’erreur flagrante qu’est la perte contre rien de Danault. Cette perte fragilise le court terme, mais pas le moyen et long terme. Le pipeline du club demeure solide et Bergevin continue d’éviter de donner des choix ou des espoirs de qualité. Cette approche est la bonne et j’espère qu’on continuera de la maintenir.

La liste des blessés à long terme le talon d’Achille de l’équité dans la LNH

L’utilisation de la liste des blessés à long terme est le point très faible du système de contrôle économique mis en place par la LNH. Ça va de l’extension du plafond salarial au repêchage d’expansion de la LNH. Tampa Bay n’ont pas été les premiers à jouer avec les règles, plusieurs équipes l’avaient fait avant eux, mais Julien Brisebois à pousser la logique à la limite. Du moins c’est ce que je pensais avant de voir Marc Bergevin utiliser l’incertitude possible quant à l’état de santé de certains de ses joueurs clés, faisaunt miroiter le fait que Weber et Price pourraient se retrouver sur la fameuse liste, pour ne pas protéger ses deux vétérans tout en espérant dissuader Seattle de prendre un ou l’autre. De l’extérieur, et avec les informations finement coulées à certains journalistes, cela semble être la stratégie du CH pour conserver Weber, Price et Allen. Peut-être que tout cela est une fausse interprétation des faits, mais c’est ce qui circule actuellement, et si c’est la réalité, Montréal .tire lui aussi l’élastique réglementaire, mais d’une autre façon. Au travers de tout ça, la LNH a l’air d’une ligue de magouilleurs qui étirent les règles à la limite. Si on ajoute l’arbitrage souvent indigne d’une ligue professionnelle sérieuse lors des dernières séries, disons que ça laisse très songeur. On verra si on arrive à distinguer le vrai du faux dans toute cette histoire impliquant Price et Weber, mais pour le moment cela ne donne pas une bonne image à la ligue. Le repêchage d’expansion devrait avoir lieu à un moment où Seattle peut avoir un bilan de santé certifié à propos de chaque joueur.On peut bien spéculer tant qu’on veut, mais pour le moment il est bien difficile de séparer le vrai du faux, donc, de prédire ce qui va survenir.

Fin amère d’un superbe parcours, et quelques idées pour l’avenir

Le CH a été éliminé hier, Tampa a gagné la coupe, malheureusement, il est difficile de ne pas avoir un goût amer dans la bouche car le CH aurait vraiment pu gagner. Carey Price qui est la raison principale de la présence du CH en finale a avoué après le match d’hier ne pas avoir assez bien joué lors des trois premiers matchs. C’est quand même bizarre de voir que Price est plus réaliste et honnête sur lui-même que certains journalistes et commentateurs qui en mettent toujours trop à son sujet. Ceci dit, le CH n’a pas perdu cette finale à cause de Carey Price. Le club montréalais faisait face à un club paqueté qui a profité au maximum des faiblesses qui existent dans les règles du plafond salarial. Tampa a aussi largement été favorisé par l’arbitrage, et il y a des questions à se poser sur la légalité de l’équipement de leur gardien. On avait supposément resserré les règles sur les dimensions de l’équipement des gardiens. Le moins que l’on puisse dire c’est que la taille de l’équipement du russe était un peu comme la masse salariale du club, au-dessus de la limite. Tampa ont gagné en cinq, mais il n’ont eu le dessus clairement que dans deux matchs. Cette série pourrait facilement être 3-2 pour une ou l’autre des deux équipes, actuellement. Ceci dit, malgré tout ce que je viens d’écrire, je pense que Tampa avait la meilleure équipe, mais à masses salariales égales, cette différence aurait été réduite de beaucoup.

J’ai regardé la situation de Tampa sur CapFriendly et pour l’an prochain Tampa dépasse déjà le plafond de 4.25 M$ et ce en perdant Goodrow, Coleman, Ross, Savard et McElhinney. Si on remplace ces cinq joueurs par des joueurs à 800,000$ par année en moyenne, Tampa est au-dessus du plafond de 8.25 M$ pour l’an prochain. Quelles règles pourront-ils étirer cette fois pour ne pas trop s’affaiblir? Tampa est le premier club qui profite autant des failles dans les règles du plafond, et c’est clair pour moi que ça enlève du lustre à leur victoire. En plus de ça, la ligue a pensé que c’était une bonne idée de les favoriser en plus par l’arbitrage. Le biais était clair et ne peut s’expliquer que par une directive de la ligue. Je le sais que ça semble fou, mais le vent ne peut pas souffler toujours du même bord ainsi, et le CH a été désavantagé par l’arbitrage dans toutes ses séries. Dans certains matchs c’était plus évident que dans d’autres, mais le club montréalais n’a jamais été favorisé. Le mieux qu’il a pu obtenir c’est quelques matchs où l’arbitrage était juste des deux côtés, mais le plus souvent l’adversaire du CH était favorisé et c’était particulièrement évident dans le match d’hier soir.

Une fois la poussière retombée, je pense qu’on se rendra compte que cette percée jusqu’en finale aura un impact très positif sur l’organisation. Il y a maintenant de l’expérience des séries à l’interne qui ira bien au-delà des vétérans actuels. Des jeunes comme Caufield, Suzuki, KK et Romanov savent ce qu’est le plus haut niveau en séries. C’est important pour un jeune de connaître la limite supérieure pour savoir ce que ça prend et où il en est rendu dans son développement. Kotkaniemi est peut-être déçu de ne pas avoir joué les deux derniers matchs, mais en même temps, s’il est honnête avec lui-même, il sait qu’il n’est pas encore assez bon. Romanov aurait dû jouer plus de matchs, mais ceux qu’il a joué sont suffisants pour lui donner cette référence sur ce qu’il doit améliorer. Il y a aussi Jake Evans qui a prouvé qu’il pouvait être plus qu’un centre de 4e trio. Evans vient d’avoir 25 ans, mais comme Danault au même âge, il a encore de la marge de progression. Parlant de Danault, il a prouvé qu’il était un élément essentiel de cette équipe et Bergevin et lui doivent trouver un terrain d’entente raisonnable.

Au-delà du résultat final, le bon côté de cette épopée en séries est que le club l’a réalisée sans sacrifier de prospects et de choix très significatifs. Le solide pipeline du club est intact et le club a 11 choix pour le prochain repêchage. Bien sûr ces choix sont maintenant plus tardifs, mais en cette année particulière, repêcher plus tard sera moins pénalisant car l’élément chance jouera plus cette année, les espoirs n’ayant pas pu jouer autant de matchs qu’à l’habitude. Ce qui permet de penser que de très bons jeunes vont être repêcher plus tard qu’il ne l’auraient été lors d’une année normale.

Pour la suite, beaucoup dépendra de la qualité de la gestion de Bergevin. S’il cède à son côté émotif et s’accroche à certains vétérans, dans l’espoir de répéter ce que le club vient d’accomplir, ce sera problématique. Par contre, s’il se montre pragmatique et profite de la plus-value de certains vétérans après ces séries, il pourrait faire évoluer son équipe vers plus de jeunesse. De toute façon, le plafond salarial va le rattraper à cet égard. Si j’étais DG du CH, je laisserais savoir à mes homologues qu’il n’y a pas d’intouchables sur l’équipe, non pas parce que je voudrais échanger tous les vétérans, mais bien pour attirer toutes les offres possibles et ainsi jauger mes options. Ce faisant, sans le dire ouvertement, j’espèrerais obtenir une offre valable pour Brendan Gallagher. Je persiste à croire que le contrat qu’on lui a accordé l’automne passé était une énorme erreur. On a vu que le CH aurait très bien pu s’en tirer sans lui. On le dit blessé à l’aine, alors à plus forte raison ça montre que le club peut s’en tirer sans lui, et l’échanger permettrait de ramener sans problème Danault, Armia et même Tatar. Pour le repêchage de l’expansion, je laisserais Shea Weber sans protection. Ça permettrait de garder le top-4 en défense, et si d’aventure Weber était réclamé par Seattle, ça libérerait 7.8 M$ sur la masse salariale. Assez pour payer un Seth Jones obtenu par voie de transaction, ou bien, de façon plus modeste, de signer un David Savard qui deviendra UFA et que Tampa ne peut pas payer. Savard est droitier et cela donnerait quand même un bon top-4.

Pour Seth Jones, si on se fie à la transaction d’Erik Karlsson à San Jose, le CH pourrait offrir Jake Evans, Ryan Poehling, Jesse Ylonen et ses choix de 1e ronde 2021 et 2022. Jones est un droitier et deviendrait le défenseur #1 du CH alors qu’il aura 27 ans en octobre 2021. Bien sûr, cette transaction serait conditionnelle à la signature d’un contrat à long terme par Jones à Montréal, et à l’échange de Shea Weber ou à sa perte à Seattle. Le CH a la profondeur dans son pipeline pour absorber le retour qu’il devrait donner. Ce n’est qu’un exemple de transaction possible, un ordre de grandeur de ce qu’il faudrait donner. Un Jonathan Drouin remis de ses problèmes pourrait remplacer un des joueurs que j’ai inclus. Cette transaction renforcerait de beaucoup le côté droit de la défense du CH, sans toucher au pipeline à gauche. Cela apporterait beaucoup plus de mobilité, sans sacrifier l’aspect physique, Seth Jones faisant 6’04” et 215 lbs. Avec la percée du CH, Montréal pourrait devenir une destination intéressante pour Jones.

L’élastique du CH approche le point de rupture

Je n’ai pas aimé le match du CH hier. Le club avait l’air d’une équipe à bout de ressources. Les fragilités qu’on connaissaient déjà sont ressorties avec plus d’acuité, faiblesse chronique au cercle des mises en jeu, jeu offensif déficient, quatrième trio lent, troisième centre qui en arrache et perte de Petry qui se fait sentir. Aussi, Vegas était plus intense que Montréal et ils sont gros et physiques. Ajoutez à cela un Price qui a été bon par moment, mais qui a été à court de miracles. On a revu les “il n’y pouvait rien” ressortir. Je ne le blâme absolument pas, il n’a pas donné du but faible. Je souligne simplement qu’il est arrivé à court en terme d’arrêts de haut niveau, surtout au niveau de l’anticipation. Je souligne ça car sans cet apport de Price le CH n’a aucune chance. Ajoutez à cela que Vegas n’a pas perdu un de ses deux premiers centres pour une longue période pendant ce match, pas de coup de théâtre à la Tavares ou Scheifele.

Ceci étant dit, un match représente un faible échantillon. Rien n’est perdu, mais l’équipe aura besoin d’un regain collectif marqué et des joueurs comme Anderson et Gallagher devront se réveiller en produisant. Il s’agit des deux attaquants les mieux payés du club et ils sont sous contrat pour six autres années. Si ils continuent d’être des joueurs à l’impact marginal, ça n’augurera rien de bon pour la suite et ça confirmera les craintes par rapports aux généreux contrats qu’ils ont signés. Tatar doit se demander ce qu’il a fait de bien plus mauvais qu’eux. Paul Byron en est un autre qui n’a pas d’impact et qui n’a pas l’excuse d’avoir 20 ans. Ce club devra trouver une autre réserve de miracles pour progresser car la défensive de Vegas est de loin plus solide que celle de Toronto et particulièrement celle de Winnipeg et Price devra faire plus d’arrêts où plusieurs diraient qu’il n’y pouvait rien. C’est ce qui a permis au CH d’éliminer Toronto, et cet apport du gardien est vital si le club veut espérer sortir Vegas. Je ne blâme pas Price, je ne fais qu’énoncer une réalité. Il doit être meilleur que Fleury et il doit compenser l’avantage de Vegas dans les autres aspects du jeu. Sans un Price par moments miraculeux, il n’y aura pas de salut pour ce club.

Le pari gagné de Bergevin

Ça y est, le CH a réussi l’improbable, il a éliminé les Leafs en sept matchs et réussi un retour spectaculaire d’un déficit de 3-1, avec deux victoires en prolongation et en gardant son meilleur match pour la fin. J’ai titré que Bergevin a gagné son pari, mais Dominique Ducharme a aussi gagné le sien et s’est probablement assuré le poste d’entraîneur-chef permanent pour les prochaines saisons. La nomination de Ducharme, par intérim, en pleine saison, est d’ailleurs un des éléments du grand pari de Marc le mal-aimé. Ceci dit, Bergevin avait mis bien d’autres jetons au centre de la table pour cette saison. Il est allé à contre-courant avec le style de brigade défensive qu’il a assemblé, misant surtout sur la grosseur et la robustesse, aux dépens de la mobilité et de la relance rapide. Il a aussi misé sur deux très jeune joueurs de centre immatures, en froissant au passage l’ego de son pilier à la position, Phillipe Danault, qui n’est toujours pas sous contrat à long terme et dont la valeur s’est confirmée au cours de cette série. Le beau Marc aura de la jonglerie salariale à faire s’il veut garder son seul joueur québécois qui a prouvé être un pilier de cette équipe.

Là où Bergevin n’a pas parié, toutefois, lors de l’entre-saison passée, c’est avec la position de gardien de but. Échaudé par l’inconstance et la fragilité de son gardien #1 en saison régulière, il s’est assuré de consolider cette position en allant chercher Jake Allen, ce qui voulait dire qu’il allait consacrer près de 15 M$ de sa masse salariale à la position de gardien de but. Le bon Marc a gagné son pari global parce qu’il n’a pas pris de risque à cette position clé, parce que sans Jake Allen son club n’aurait même pas fait les séries. Ceci dit, la somme colossale investie par Bergevin à la position de gardien, au final, a rapporté plus que ce que la fortune que Toronto a investi en Matthews et Marner, du moins, pour cette année. Disons que Bergevin a sagement suivi l’adage voulant que c’est la défensive qui remporte des championnats, même si le CH ne gagnera pas la coupe, et au hockey, le dernier homme pour empêcher des buts demeure le gardien. Donc, sur ce plan Bergevin avait raison, même si plusieurs astres ont dû s’aligner pour lui donner raison.

Loin de moi l’idée de minimiser l’exploit de l’équipe montréalaise, car il s’agit bien d’un exploit, mais force est d’admettre que la perte de John Tavares, ultimement, a nui aux Leafs, et la perte de Jake Muzzin en a rajouté une couche. Selon moi, ça permet d’expliquer en partie la défaite de Toronto, mais ce n’est pas une excuse. Je continue de croire que même sans Tavares, les Leafs auraient dû achever le CH plus tôt, ce qui aurait pu prévenir la blessure de Muzzin. Un autre facteur à considérer est le fait que le CH a gagné deux matchs en prolongation. Je ne leur enlève pas de crédit, mais on sait très bien que dans ces circonstances ça peut aller d’un côté comme de l’autre. Ceci dit, le tournant de la série a été la passe à l’aveuglette affreuse de l’ancien du CH, Alex Galchenyuk, qui a mené au but gagnant de Suzuki en prolongation du match #5. Kyle Dubas, le DG des Leafs, doit se dire ce soir que l’acquisition de cet ancien haut choix de repêchage du CH était une fausse bonne idée. Le gars a joué pour six organisations de la LNH au cours des quatre dernières saisons pour une raison. Il semble que Dubas ait été incapable de voir cette raison.

En dernière instance, toutefois, et je l’ai déjà écrit sur ce blogue auparavant, les Leafs présentent un vice de construction évident. Ils ont beaucoup trop investi dans quatre joueurs d’attaque, et ainsi, il était forcément impossible d’investir ce qu’il fallait dans le reste de l’alignement, particulièrement en défense. C’était mieux cette année avec TJ Brodie à la place de Tyson Barrie, mais ce n’était pas encore assez solide. Dans les buts, il est clair que Price a eu le meilleur sur Jake Campbell, mais celui-ci n’a pas été mauvais du tout sur l’ensemble de la série. Bien sûr le citron accordé à Gallagher lors du match décisif a fait mal, mais compte tenu de l’attaque supérieure des Leafs, Campbell en a fait assez pour permettre à son club de gagner. Il n’a pas causé la défaite de son équipe dans cette série et l’écart entre lui et Price n’était pas monstrueux comme certains le laissent entendre pour pomper l’aura de leur favori. Ici le mot aura prend tout son sens, car le vrai bon Price, comme un saint, fait des apparitions, puis disparaît. Dans son cas, espérons que l’apparition va perdurer car le rythme des match contre Winnipeg va être intense et on a souvent blâmé les disparitions de Saint-Carey sur la surcharge de travail. Avec un match tous les deux jours il ne chômera pas.

Un autre aspect où le CH a eu le dessus, c’est au niveau du coaching. Sheldon Keefe a déclaré en début de séries qu’il n’avait pas à se soucier de qui le CH opposerait à son dynamique duo offensif. Ce fut très mal avisé de sa part. Il aurait mieux fait de tenter de soustraire plus souvent Matthews de l’attention de Danault. Aussi, Ducharme a été très fortement critiqué pour sa non utilisation du jeune Romanov, alors que Keefe lui a utilisé le jeune Sandin sans trop se poser de questions et cela lui a coûté. On ne saura jamais ce que Romanov aurait fait s’il avait joué dans cette série, mais un entraîneur qui gagne a le privilège d’avoir le dernier mot sur une décision controversée. Si le CH avait perdu, on aurait remis sur le nez de Ducharme cette décision. Cela aurait même pu lui coûter sa carrière dans la LNH. Alors bravo à Ducharme d’avoir eu le courage de ses convictions, même si ça allait à l’encontre de ce que 99% des partisans du club voulait. Maintenant ce sera les Jets bien reposés. On va prendre le temps de savourer un peu cette victoire sur les Leafs avant d’analyser ce qui s’en vient, tout en se souvenant, comme le disait le bon vieux Claude “Piton” Ruel, y en aura pas de facile.

Le mauvais examen pour Bergevin

Le titre du présent article peut prêter à confusion. On pourrait y voir une prédiction négative du résultat de la prochaine série contre Toronto, et ce faisant, en tirer un constat d’échec à propos du travail de Marc Bergevin qui a construit cette équipe, car cette fois-ci, il n’y a pas de doute, c’est bel et bien son équipe. Toutefois, ce titre veut exprimer tout le contraire. Ce titre indique que la performance du CH en séries cette année ne sera pas un examen valable pour juger de la qualité du travail de Bergevin comme DG car la performance à court terme de cette équipe en cours de rajeunissement, malgré les apparences, ne reflète pas l’exigence du travail de fond nécessaire pour enfin obtenir un club qui sera un réel aspirant à la coupe dans quelques années. La fameuse réinitialisation initiée en 2018, et dont on a tellement parlé, ne peut pas être complétée. Un tel processus prend plus que trois ans à donner de réels résultats.

Il y a beaucoup de confusion je trouve chez la gent journalistique et dans le commentariat sportif à l’heure actuelle à propos du statut de Marc Bergevin et de l’état de son équipe. À titre d’exemple, j’écoutais M-A Godin et Arpon Basu du site The Athletic à propos de la série à venir contre Toronto, et ils ne cessaient de revenir sur le fait qu’une défaite contre les Leafs mettrait gravement en danger l’emploi de Bergevin avec le club et qu’une défaite serait un constat d’échec de l’œuvre du DG montréalais, mais en même temps, ils donnaient Colorado et Caroline comme exemples de réussites dans la construction d’un réel aspirant à la coupe. Manifestement, ces deux journalistes sont confus, car les processus de construction au Colorado et en Caroline ont largement excédé trois ans. Pour l’Avalanche on parle au moins de 2013, avec la sélection de Nathan McKinnon comme point de départ, et du côté de la Caroline, on parle de 2014, avec l’embauche de Ron Francis et le choix de Sebastian Aho en 2015. Comme on peut le voir, ces deux clubs ont commencé leur processus de construction sérieux et compétent il y a sept ou huit ans et seulement aujourd’hui ils arrivent au statut d’aspirant sérieux. On pourrait ajouter Tampa Bay comme autre exemple de club gagnant qui ont construit sur une longue période.

Vous me direz peut-être que Ron Francis a été congédié en Caroline, que Steve Yzerman a quitté Tampa, et qu’ainsi, il n’est nul besoin de garder Bergevin à la barre pour continuer le processus. En théorie c’est vrai, mais en pratique changer le DG introduit un élément de turbulence inutile, à moins qu’il y ait une raison valide de remettre la qualité de son travail en question. Dans le cas de Bergevin, depuis 2018, il a commis très peu d’erreurs, et la qualité du repêchage semble s’être améliorée de façon notable. Alors il est loisible de se demander qu’est-ce qui justifierait congédiement? Les seules raisons qui semblent exister sont la fatigue face au personnage qui est en poste depuis neuf ans et le fait qu’on regarde ces neuf années comme un effort unique de bâtir un club gagnant, alors qu’en fait, l’ère Bergevin a été divisée en deux parties, soit 2012-2017, où le CH était bel et bien un club gagnant, parfois presque aspirant, puis 2018-2021, où l’équipe a sérieusement entrepris de se rajeunir et a assumé pour un temps ses carences. Molson avait un choix à faire en 2018, congédier Bergevin, qui avait raté son objectif initial de gagner avec Carey Price à son sommet, ou bien lui confier le mandat de rajeunir le club sans passer par les bas-fonds du classement pour plusieurs années. Il a choisi de garder Bergevin pour ce travail, le congédier après trois ans ans à cause d’une défaite contre une équipe clairement plus talentueuse n’aurait pas de sens.

Ce que j’essaie d’exprimer avec ce texte c’est qu’il est ridicule de dire que l’emploi de Bergevin dépend du résultat de la série contre Toronto. Cette série n’est pas un indicateur valide de l’état des choses. Même si par surprise le CH devait gagner, ce ne serait pas plus un indicateur valide. En fait, le résultat de cette série ne changera rien à l’état fondamental de la situation de cette équipe. Molson, dans son rôle de président qui supervise ultimement l’aspect hockey de l’organisation, doit être conscient de cela. Cette saison-ci est un espèce de pari sur les derniers milles de joueurs en fin de parcours au travers desquels ont a décidé de développer le futur de l’organisation. C’est un mélange qui en soit est voué à l’échec si le but est réellement de gagner la coupe, et dont le seul bénéfice réel est l’expérience qui sera acquise par les jeunes joueurs de l’équipe. J’espère vraiment que Molson est conscient de cela. Ceci dit, tout indique que malgré ses déclarations sur la fin du “reset”, il en est conscient car Bergevin n’a pas touché à son pool de jeunes joueurs et très peu à sa banque de choix au repêchage. Le club se comporte comme une organisation qui n’a en rien renoncé au rajeunissement, mais qui refuse de tomber au fond du classement pour autant. Si c’est le cas, le poste de Bergevin n’est pas en danger. Si on le congédie après la probable défaite contre Toronto, ce sera un signe très clair que Molson ne comprend rien à la construction d’un club de hockey gagnant.