Le CH n’est pas bâti pour passer à l’étape “All in”

On entend souvent que la façon de gagner un championnat pour une équipe est de se bâtir une base solide tout en accumulant une bonne banque de prospects et de choix, et au moment critique, transiger ces jeunes actifs pour des vétérans de qualité et obtenir une équipe de calibre supérieur pour une courte période de temps, la fameuse fenêtre, où l’équipe pourra aspirer très sérieusement aux plus grands honneurs. Le problème avec cette stratégie c’est qu’elle n’est possible que si la base solide du club qui doit être là au préalable ne coûte pas trop cher et permet d’ajouter des vétérans de qualité, qui, par nature, gagnent des salaires assez élevés. Cette stratégie s’applique donc mal à un club qui compte déjà de nombreux vétérans qui accaparent une bonne portion de la masse salariale. À mon avis c’est le cas des Canadiens actuellement et pour les années à venir.

Marc Bergevin s’est lancé dans une ronde de signatures lors de l’entre-saison. Il a octroyé des contrats substantiels à Gallagher, Petry, Anderson, Toffoli, Edmundson et Allen qui viennent s’ajouter aux contrats très imposants de Price et Weber. Le club est déjà à la limite du plafond, tellement que Danault et Tatar, deux joueurs importants, doivent jouer cette saison sans nouveaux contrats. Dans tous les gestes posés par Bergevin au cours des derniers mois, il y a un côté clairement positif, soit que malgré toutes ses dépenses et ses engagements contractuels, le DG du CH n’a pas touché à ses jeunes joueurs et n’a pas échangé de choix top-60. Il a donc préservé ce qu’il a accumulé au cours du fameux “reset”. Cette richesse du CH en jeunes actifs en fait rêver certains au fameux “All in”. L’idée étant que Bergevin pourrait transiger certains de ces jeunes prospects de qualité, et aussi des choix de repêchage à venir pour aller chercher des joueurs établis de qualité qui amélioreraient son équipe immédiatement et en ferait un aspirant de premier ordre. Le problème avec cette idée séduisante et à courte vue, c’est que le club ne peut accueillir de joueurs de ce type car ils sont bien payés et le club n’a pas de marge de manœuvre salariale. Il est donc impossible d’ajouter du salaire.

Cette situation ne s’applique pas juste pour cette saison. Le club est pressé contre le plafond salarial et cela sera le cas pour les années à venir. Tout ce que Bergevin pourra faire, c’est remplacer des vétérans à forts salaires par des jeunes à faibles salaires. En fait, sa réserve de prospects est la clé de voute de sa stratégie actuelle. Il l’a lui-même déclaré cet automne. L’élément critique pour l’équipe au cours des prochaines années, pour se maintenir, sera sa capacité de remplacer des vétérans dans l’alignement par de jeunes joueurs qui pourront faire le travail. Le pipeline du club ne sera donc pas dilapidé dans une poussée à court terme, impossible de toute façon sous le plafond salarial, mais ce pipeline est la base de la stratégie du club pour les années à venir. Bien sûr, pour que cette stratégie fonctionne, les espoirs du clubs devront en majorité remplir leurs promesses. Les Suzuki, Kotkaniemi et Romanov semblent en bonne voie de s’établir avec l’équipe, mais d’autres devront suivre dans le futur assez proche. Il faudra aussi que les vétérans du club sous contrats à long terme demeurent assez bons pour être échangeables le moment venu. Si “All in” il y a, c’est durant les derniers mois qu’il a eu lieu. Le problème, c’est que malgré l’amélioration du club, celle-ci semble insuffisante pour faire du CH un aspirant réel à la coupe. Bergevin a décidé de miser sur Price et Weber en les entourant mieux cette année, mais dès l’an prochain les choses vont se compliquer. Danault et Tatar, deux joueurs encore très importants pour l’équipe actuelle deviendront UFA à la fin de la présente saison. Ils ne sont pas encore partis, mais les garder impliquerait d’échanger d’autres joueurs à forts salaires.

On voit bien que le CH est déjà totalement investi au niveau contractuel et qu’il n’y a pas d’ajout possible. Tout ce qui sera possible pour le futur prévisible ce sera des choix d’allocations salariales. Par exemple, Price et Weber comptent pour 18.25 M$ sur la masse salariale de l’équipe. Il est clair que la résolution des contraintes salariales de l’équipe passera à un moment donné par le départ d’un de ces deux joueurs, ou même des deux. Par exemple, l’échange de Shea Weber à la fin de la saison dégagerait assez d’argent pour garder Danault et Tatar. Le club préserverait ainsi sa profondeur à l’attaque et devrait trouver le moyen de palier à la perte d’un Weber vieillissant. Ensuite, quand Suzuki et Romanov voudront passer à la caisse à l’été 2022, le départ de Price pourrait être la solution. Bien sûr, cela suppose que Cayden Primeau soit prêt à prendre la relève à ce moment-là. Le départ de Weber implique que Romanov s’impose et puisse remplacer Weber sur le côté droit. Vous me direz qu’il y a bien des des choses qui devront bien tourner avec les jeunes du club, c’est vrai, mais Bergevin s’est placé dans une situation où le succès assez rapide de certains de ses jeunes est sa seule porte de sortie pour maintenir l’équipe à un niveau élevé.

En attendant qu’ils s’entendent

Aura-t-on droit à une saison de hockey? On entend dire que oui, mais l’évolution catastrophique du virus aux États-Unis laisse songeur.

Pour ce qui est du CH, disons que j’ai eu le temps de digérer ma déception face à la rechute de Molson et Bergevin. La situation salariale de l’équipe pourrait rapidement devenir problématique si certains joueurs ne sont pas à la hauteur et le club risque toujours de perdre Danault et Tatar pour rien l’été prochain. Je me console en me disant que Bergevin n’a pas touché à ses jeunes joueurs. Il s’est juste mis dans un carcan salarial à long terme dont il pourrait être impossible de se défaire totalement.

Price, Weber, Gallagher et Anderson sont pour moi les quatre joueurs surpayés pour trop longtemps de l’organisation. Le plan de Bergevin repose dans les mains de ces quatre joueurs. Si ils sont à la hauteur au cours des deux prochaines saisons, il ne devrait pas y avoir de problème. Toutefois, si ils se révélaient ordinaires, le club serait dans le trouble car une sous-performance de leur part les rendraient inéchangeables et pourrait forcer l’échange d’autres joueurs productifs plus jeunes. Au contraire, de bonnes performances de ces quatre vétérans à gros contrat laisseraient toutes les options ouvertes pour le DG. Si les jeunes s’imposaient et devenaient en droit de gagner beaucoup, Bergevin aurait le loisir d’échanger certains de ses vétérans pour faire cadrer sa masse salariale.

Tous les partisans du CH, les journalistes et les commentateurs sont contents. Ils sont excités. Il ont obtenus les actions à court terme qu’ils chérissent tant, toutefois, si le plan se révèle un échec, ils seront les premiers à blâmer Bergevin et à décréter que c’était vraiment une mauvaise idée que d’octroyer tous ces contrats. Tout ça sans oublier que même en cas de succès cette année, Danault et Tatar sont en route pour le statut d’agents libres sans restriction. L’organisation semble a donc miser beaucoup sur une saison qui pourrait ne pas avoir lieu. Il y a de quoi laisser songeur.

La rechute

L’organisation des Canadiens de Montréal vient de confirmer qu’elle est comparable à un joueur compulsif. Elle avait pourtant été en thérapie et se tenait loin du casino depuis quelques années. L’observateur naïf que je suis pensait qu’elle était finalement guérie de cette maladie, du moins, je l’espérais. En fait, je voyais venir la rechute depuis un certain temps, mais j’espérais que les circonstances sauvent la direction du CH d’elle-même, et quand je parle de direction, j’inclus Geoff Molson au premier chef. J’espérais donc le refus de certains joueurs de signer à Montréal, ou des demandes beaucoup trop élevées de leur part qui freinerait le “gambler” tricolore. Malheureusement, la pulsion du jeu et du risque a été plus forte que tout. L’organisation montréalaise est bel et bien en rechute.

En entrevue en septembre 2019, Geoff Molson avait pourtant parlé d’une équipe qui deviendrait très compétitive dans trois ans. Voilà qu’un an plus tard il joue à la roulette comme s’il n’y avait pas de lendemain. Le club n’a pas agit ces derniers jours comme un club qui vise le succès réel dans deux ans. Il a agit comme un club qui vise les grands honneurs tout de suite et qui ramassera les pots cassés plus tard si ça ne fonctionne pas.

Dans toute cette histoire, pour le moment, il n’y a qu’un point positif, mais il est fondamental, Molson et ses employés n’ont parié qu’avec l’aspect salarial de l’équipe. Ils n’ont pas touché au pool de jeunes joueurs prometteurs, mais en mettant à risque la capacité salariale de l’équipe pour l’avenir, ils mettent à risque leur capacité à garder certains de ces jeunes joueurs dans le futur. Le risque inconsidéré du club est donc au niveau de la capacité salariale, c’est-à-dire la capacité future du club à avoir l’espace salarial nécessaire pour payer de très bons jeunes joueurs émergents. Les contrats de Price et Weber étaient déjà risqués à moyen terme, là le club vient d’ajouter Anderson à long terme et devrait doubler sa mise bientôt avec une prolongation de contrat à Gallagher. Ça fera environ 30 M$ immobilisés dans quatre joueurs qui auront beaucoup de difficultés à justifier la ressource salariale qu’ils accapareront.

Le CH a donc encore tous ses jeunes joueurs prometteurs, mais pourra-t-il les garder tous, ou sera-t-il forcé d’en échanger certains simplement par incapacité salariale? Peut-être, aussi, devra-t-il se servir de certains d’entre eux dans le futur en les ajoutant à des transactions de débarras de mauvais contrats? Le club a préféré miser sur les deux ou trois années potables que peuvent peut-être encore donner Carey Price et Shea Weber, plutôt que d’aller jusqu’au bout de la logique du plan de renouveau entrepris en 2018. En plein milieu du processus la direction du club a renoncé, malgré le fait que cette nouvelle approche semblait apporter des résultats prometteurs. Il fallait juste avoir la discipline et la patience nécessaires, mais ces notions sont étrangères au joueur compulsif en pleine rechute. Maintenant, ce sont les partisans comme moi, ceux qui croyaient au processus de rajeunissement, qui doivent se croiser les doigts et espérer que l’organisation aura de la chance, car c’est maintenant en bonne partie à la chance qu’elle semble vouloir s’en remettre pour gérer cette équipe.

Descendre pour mieux remonter

Sur le fil précédant on remettait en question l’échange Drouin/Sergachev allant jusqu’à dire qu’il était pire que l’échange McDonagh/Gomez. Je m’insurge contre cette affirmation. Ça ne se compare même pas. Gomez était un trentenaire sur le déclin et surpayé, Drouin n’avait que 22 ans au moment de l’échange et une saison de 53 points en banque. Aussi, Sergachev est tombé dans un club paqueté. Penser que son développement aurait été aussi bien à Montréal qu’à Tampa n’est pas réaliste. Tu passes d’un club qui rate les séries à un club aspirant à la coupe. Cooper a eu tout le loisir de protéger Sergachev des minutes difficiles. L’inverse est aussi vrai, Drouin est parti d’un club aspirant pour un club qui n’avait même pas encore pris la décision du “reset”. C’est tout dire.

De plus, si Sergachev reste à Montréal, le CH se lance-t-il dans le repêchage de nombreux défenseurs gauchers? Romanov, Struble, Norlinder et Harris sont-ils dans le pipeline du club? On ne le saura jamais, mais il loisible de penser que le club aurait focalisé plus sur des avants sans Drouin dans l’équipe et avec Sergachev. C’est comme la question de Radulov, si le CH le prolonge, Kotkaniemi et Suzuki sont-ils avec le CH aujourd’hui? Cette fois-ci, ce n’est pas une question de besoin positionnel qui est en jeu, c’est une question de performance de l’équipe. Avec Radulov le club ne serait pas tombé aussi bas en 2018, probablement pas assez bas pour repêcher Kotkaniemi, puis un Radulov sur le trio de Pacioretty fait peut-être en sorte que l’échange avec Vegas n’a jamais lieu. C’est bien des suppositions, je sais, mais l’important c’est de regarder la globalité des choses et voir où le club en est vraiment. Le CH entre dans une phase où il y a une relève prometteuse dans les buts et en défense. Il a aussi deux jeunes joueurs de centre comme le club n’a pas eu depuis très longtemps. La position d’ailier demeure à améliorer, tant au niveau de la qualité offensive que du gabarit physique, mais ce n’est pas un désastre non plus, et le DG du club a du matériel et la redondance potentielle à certaines positions pour travailler à régler ce problème. Aussi, Drouin n’a pas dit son dernier mot. À sa première saison à Montréal il est arrivé dans un club où les deux premiers centres étaient Plekanec et Danault. Un Plekanec au bout du rouleau et un Danault qui n’était pas celui d’aujourd’hui. On est loin de Stamkos, Point, Gourde et Johnson.

Tout ça pour dire que, dans l’absolu, le CH ne referait probablement pas la transaction Drouin/Sergachev. Mais on vit dans un monde de relativité où un geste posé aujourd’hui peut avoir une influence importante pour très longtemps. Parfois le pas de recul est ce qui mène à une prise de conscience qui permet de mieux rebondir. Moi j’ai tendance à voir l’échange de Sergachev comme un point tournant qui a changé la façon de faire de l’équipe. La saison suivant cet échange a été désastreuse, le club a fini troisième pire de la ligue, et depuis ce temps Bergevin accumule des choix et repêchage. De plus on a échangé deux joueurs importants en Pacioretty et Galchenyuk pour un très bon retour.

Moi je vois un fil d’événements qui a mené à la situation actuelle. Le refus de surenchérir pour Radulov est un peu le point de départ, car cela a mené à l’acquisition de Drouin pour compenser cette perte à l’aile, mais aussi au repêchage de Kotkaniemi par la suite et peut-être à l’échange de Pacioretty car Drouin n’a pas su remplacer l’apport de Radulov. Cela ne veut pas dire qu’il n’y arrivera pas dans l’avenir. On ne saura jamais où en serait l’équipe si Bergevin avait décidé de ne pas faire ce fameux échange, mais une chose que je sais, c’est que j’aime ce qui a suivi et j’aime la position du club à l’heure actuelle.

Garder le cap

Le Presse a de la misère avec ses journaliste qui suivent le CH, après Labée, c’est au tour de Lefrançois d’y aller d’un article difficile à comprendre et qui contredit d’une certaine façon celui de Labée.

Guillaume Lefrançois, généralement pas mauvais, rapporte que selon une analyse statistique de son journal le CH aurait un mauvais club école lorsqu’on compare le nombre de matchs joués en AHL par les 12 attaquants et huit défenseurs les plus utilisés du CH en séries et ceux des huit clubs qui ont passé au deuxième tour des présentes séries. Important à noter, les matchs joués en AHL qui sont comptés n’incluent que ceux joués avec l’équipe actuelle des joueurs impliqués. Donc, par exemple, les nombreux matchs en AHL de Danault ou Tatar ne comptent pas.

Au yeux du journaliste de LaPresse, cet exercice alambiqué est supposé rendre compte de la qualité du club école du CH. C’est totalement ridicule et ça ne tient absolument pas la route. Cet exercice révèle plus la façon dont une équipe a été construite et la qualité de son repêchage de profondeur il y a plusieurs années. Si un club a été bâti par des transactions, UFA, ballottage et qu’il contient plusieurs joueurs qui n’ont pas ou peu joué en AHL, il est clair que ce club paraîtra mal dans une telle compilation.

Si on fait le compte chez le CH des joueurs issus d’échanges, agent libres, du ballottage ou qui ont peu ou pas joué en AHL pour le CH on arrive à ceci: Domi, Drouin, Danault, Tatar, Armia, Byron, Weber, Petry, Chiarot, Kulak, Ouellet, Suzuki, Kotkaniemi, Lehkonen, Mete. Ajoutez à cela Gallagher qui a joué une demie saison en AHL seulement à cause du lock-out, et Price qui a joué le gros de ses matchs en AHL en séries alors qu’il était toujours d’âge junior.

Au final, ce que cet exercice montre vraiment est que le CH a été un club impatient qui a négligé le repêchage pendant 10 ans (2008 – 2017) dans le but de faire les séries à chaque année. Les joueurs qui jouent assez longtemps en AHL sont généralement des choix de fin de première ronde et des rondes suivantes et le CH a donné plein de choix de 2e et 3e ronde, et il a raté son coup avec ses choix tardifs de 1e ronde. Il a raté son coup lors de la sélection des Leblanc, Tinordi, Beaulieu, Collberg, Thrower, Fucale, DeLaRose, Scherbak, pas dans leur développement. 2012 et 2013 ont été des années atroces en 2e ronde où le CH avait concentré ses choix. Lehkonen est l’unique bon choix et il est passé directement avec le grand club.

Je ressasse tout ça pour montrer que tout ça n’a rien à voir avec le club école d’aujourd’hui. En plus, dans le même journal, un journaliste écrit un jour que le futur c’est maintenant et appelle de ses vœux l’échange de jeunes actifs pour du renfort immédiat pour ne pas “gaspiller” Price, et le lendemain son collègue publie ce texte qui dénonce l’efficacité du club école de l’organisation. Donc, on demande une chose dans un texte, et on dénonce l’effet secondaire de cette chose dans un autre texte. Ça n’a pas d’allure car c’est contradictoire et les deux ont tort.

Labée a évidemment tort car il appelle le club à continuer d’y aller à court terme par voie d’échange de jeunes actifs et de signature d’agents libres, et Lefrançois a tort car il fait semblant d’ignorer l’histoire des 15 dernières années du club. Il ne parle pas du “reset” et du fait qu’il est bien trop tôt pour en mesurer les effets par le biais du club école, et même là, le “reset” peut donner de bons résultats et cela ne passera pas nécessairement, ou peu, par ce qui sortira du club école. Par exemple, si Romanov fait le club cet automne, il sera un fruit du “reset”, mais ça ne paraîtrait pas plus tard dans un calcul du nombre de matchs joués à Laval.

En conclusion, malgré le contenu contradictoire des papiers de Labée et Lefrançois, ils se rejoignent sur un point qui est une caractéristique fondamentale du journaliste québécois qui s’intéresse au CH, l’impatience. Labée est prêt à brûler tout de suite une partie de la récolte du “reset”, alors que Lefrançois, lui y va d’une analyse bancale qui n’attend pas le plein résultat du fameux “reset”, du changement de philosophie de repêchage et du renouveau du club école à Laval. Quand un changement de philosophie de repêchage commence en 2018, il est illusoire d’attendre des résultats à Laval deux ans plus tard. Donc, l’impatience, encore et toujours l’impatience, même si tous les signes précoces du changement de philosophie semblent indiquer que le CH est finalement sur la bonne voie. Le papier que ces journalistes devraient écrire en est un qui appellerait au maintient du cap actuel axé sur l’accumulation de jeunes actifs et la patience de voir le résultat.

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https://www.lapresse.ca/sports/hockey/2020-08-25/l-apport-du-rocket-est-encore-inferieur.php

Kotkaniemi et Suzuki, ou quand le futur devient soudainement le présent du club

Oui Price a retrouvé son niveau des beaux jours, mais on savait déjà qu’il pouvait jouer à ce niveau. Weber offre un rendement surprenant pour un gars qu’on disait en perte de vitesse, mais ces séries inorthodoxes permettent à des vétérans comme lui de jouer reposés, ça s’applique aussi à Price. On savait déjà que Danault pouvait museler les meilleurs centres de la ligue à 5 contre 5. On savait que Suzuki venait de connaître une excellente saison recrue, mais on ne savait pas qu’il pouvait déjà jouer comme un vétéran contre de la très forte opposition. Mais surtout, plusieurs avaient relégué Kotkaniemi au rang des point d’interrogation. Même ceux qui n’ont jamais douté de son potentiel et du fait qu’il deviendrait un jour un très bon centre dans la LNH sont surpris d’un rebond si rapide et spectaculaire. Ce jeune est l’exemple parfait pour illustrer que la courbe de développement d’un très jeune joueur professionnel n’est pas toujours linéaire. Le rendement actuel de Suzuki et Kotkaniemi dans les deux sens du jeu, allié au jeune vétéran Danault permet actuellement au CH d’aligner son meilleur trio de centres depuis des décennies. Pour moi c’est l’élément qui permet d’expliquer le bond en avant que montre actuellement l’équipe. La faiblesse de très longue date de l’équipe est devenue une force. L’entraîneur peut rouler ses trois premiers trios avec beaucoup moins de soucis en tête et l’attaque est ainsi mieux répartie. L’équipe adverse ne peut pas se contenter de neutraliser un seul trio.

Le CH a joué aujourd’hui son meilleur match depuis très longtemps. Regarder ce feu roulant maintenir la pression sur l’adversaire durant presque tout le match était un plaisir. De quoi se réconcilier avec le hockey et avec cette équipe, et surtout, de quoi s’enthousiasmer pour son futur, même si il ne faut pas trop s’emballer. Il faut se souvenir des circonstances particulières actuelles. Comme mentionné ci-haut, il faut se rappeler que le fait d’être bien reposé favorise des vétérans comme Weber, Price, Byron et Petry. Aussi, j’en viens à me demander si le fait de ne pas jouer au Centre Bell n’aide pas l’équipe à jouer de manière plus relaxe sans la pression de la foule souvent impatiente de Montréal. Une chose m’apparaît sûre toutefois, ce club est sur la bonne voie et Bergevin et Molson doivent impérativement garder le cap. La plus grande nouvelle de la dernière année c’est que le club a misé juste avec Kotkaniemi et Suzuki. Il faut maintenant découvrir qui sont les autres perles du pool de prospects de l’équipe.

La fameuse fenêtre

Je reviens sur ma façon de voir la situation actuelle du CH. Ce club est actuellement en phase de construction. En d’autres mots, ce n’est pas un club à maturité, ce n’est pas un aspirant réaliste à la coupe. Il y a un problème toutefois, et celui-ci réside dans le double discours de l’organisation. D’un côté on se targue d’avoir un plan pour ultimement ramener la coupe à Montréal, et de l’autre, on s’entête à répéter qu’on veut absolument faire les séries à chaque année. Vous me direz que la direction du club ne peut pas dire qu’elle ne vise pas les séries. C’est vrai. Mais elle pourrait moduler son message autrement et sur un autre ton. L’emphase devrait être mise, au niveau de la communication, sur le but ultime, soit de gagner une 25e coupe. Faire les séries devrait être présenté comme un objectif subordonné à l’objectif principal. Cela impliquerait que les décisions stratégiques du club seraient toujours prises dans le but d’atteindre l’objectif principal. En des termes plus simplistes, Bergevin pourrait dire que les séries demeurent un objectif à court terme de l’organisation, mais qu’il ne fera rien pour nuire à l’objectif à moyen terme, soit de gagner la coupe.

Je rêve sûrement en couleurs en pensant que le CH pourrait présenter les choses de la façon dont je viens de le faire, mais je pense vraiment qu’à l’interne cette vision devrait être adoptée, et elle l’est peut-être. Il faut se rappeler qu’en août 2019, M. Molson avait déclaré être enthousiaste à propos de ce qui allait arriver à l’équipe au cours des trois à huit prochaines années. Donc, il y a un an déjà, M. Molson voyait le début de la fenêtre d’aspirant à la coupe commencer en 2022/23. Cela laisse encore deux ans à faire pour achever la construction et les plans de l’équipe devraient être axés sur cette fenêtre.

Cela m’amène à la marche à suivre d’ici la saison 2022/23. Si telle est ta fenêtre tu dois dès aujourd’hui déterminer qui parmi les joueurs actuels tu vois comme des membres de cette édition du CH, et la planification salariale doit être faite en conséquence. Donc, dans le cas de Domi, Danault, Gallagher, Tatar, Petry et Armia, les décisions prises cet automne, à la fin de l’actuelle saison, doivent l’être en pensant à 2022/23. C’est pour ça que je pense que des échanges sont inévitables. Si des joueurs parmi ceux-ci veulent accepter des contrats raisonnables et sans clauses de non mouvement ou de non échange complète, certaines décisions pourraient être repoussées, mais il est clair que le club ne peut s’embarquer dans une séries de contrats blindés à long terme.

Personnellement, je garderais Danault et Petry. Six ans et 36 M$ pour Danault et cinq ans et 30 M$ pour Petry. Pas de clause de non mouvement, seulement une clause non échange limitée où ils pourraient choisir 15 clubs où ils ne voudraient pas être échangés. Pour les autres, je les garderais seulement si ils acceptaient des contrats très raisonnables. Par exemple, si Tatar voulait prolonger pour deux ans à 5.5 M$ par année, je le garderais, même chose pour Armia, deux ans à 3.5 M$ par année. Pour ce qui est de Domi, ce n’est pas une question de contrat. Le gars veut jouer au centre et il n’y a pas de place pour lui à cette position à Montréal. Donc il devrait être échangé. Finalement, pour Gallagher, j’ai déjà donné mon avis. À moins d’un contrat du genre quatre ans pour 20 M$, il serait aussi échangé.

Le but de ces échanges ne serait pas d’affaiblir le club pour repêcher plus haut, mais plutôt de viser la fenêtre débutant en 2022/23 avec une masse salariale saine et sous contrôle. Dans un tel processus de construction, tu dois avoir confiance dans ta capacité de bien évaluer le talent. Ça veut dire avoir confiance dans le fruit de ton repêchage et dans ta capacité de conclure de bons échanges. Un bon échange ne veut pas dire d’avoir complètement le dessus sur l’autre équipe. Vegas ont obtenu un bon joueur encore très productif en Pacioretty, mais Tatar est un bon remplaçant, alors que dans cinq ans Suzuki et peut-être Norlinder contribueront à une équipe aspirante à la coupe. Il y a des échanges ou tu donnes une valeur sûre pour du très bon potentiel, souvenez-vous de l’échange Inginla pour Nieuwendyk. Dallas a gagné la coupe l’année de l’échange, et Calgary ont obtenu un joueur élite avec toute sa carrière devant lui. L’échange Pacioretty pourrait ressembler à ça dans 10 ou 15 ans. Comme je l’ai déjà dit, il sera impossible de répéter cet échange à l’identique, mais c’est la voie à suivre. Il faut essayer de conclure des échanges qui suivent cette ligne directrice. C’est la situation actuelle du CH et les deux ans avant la fameuse fenêtre qui commandent cette façon de faire. Le jour où le CH sera un réel aspirant, il sera temps de s’ajuster.

https://www.nhl.com/news/montreal-canadiens-owner-geoff-molson-on-future/c-308648758?wgu=273885_16644_15958965953983_280ced2ac3&wgexpiry=1603672595&CMP=AFC-4551_16644&network=wg

Le développement des joueurs: Un facteur surévalué

Je vous parlais l’autre jour de Arpon Basu, journaliste à Athlétique / Montréal qui proposait la création d’un poste de directeur de l’innovation qui se rapporterait directement au président Geoff Molson. Cette suggestion sous-entendait que la direction hockey de l’équipe menée par Marc Bergevin était trop conservatrice, qu’elle avait besoin d’une infusion d’idées nouvelles, et que ces nouvelles idées, parce que nouvelles, seraient forcément meilleures. Un tel constat implique beaucoup de suppositions non vérifiables.

Quand je vous avais parlé de cette suggestion de Basu, je vous avais référé à un article traitant d’un certain Jack Han qui a travaillé trois ans dans l’organisation des Maple Leaf au niveau du développement des joueurs. Ce jeune homme de 31 ans a une haute estime de lui-même et est convaincu de posséder la science infuse. Du moins, c’est ce qu’il projette lorsqu’on écoute ses propos. Tout ce préambule pour en arriver à dire que le fameux Jack Han était l’invité de la balado de Basu et Godin, Le Support Athlétique. Le gars vient d’écrire un livre sur le hockey et ses propos confirment, ni plus ni moins, qu’il est convaincu de s’y connaître plus que la direction actuelle du CH, et de probablement la grande majorité des DG de la ligue. Allez écouter l’épisode (en anglais). Ça vaut le coup pour bien comprendre comment une certaine caste de jeunes pensent en connaître plus que ceux qui les ont précédés.

Tu écoutes Han et tu te dis je vais allez voir le pipeline des Leafs et les jeunes joueurs de l’organisation pour voir les perles qu’ils ont développées, et qui n’auraient rien donné ailleurs, comme à Montréal avec son système de développement supposément inepte. Le problème c’est que si tu vas voir l’alignement des Leafs de l’an passé, il n’y a pas de perles qui seraient le fruit d’un développement plus efficace par des génies dans l’organisation des Leafs. Les quatre meilleurs attaquants sont trois choix top-10 (Matthews, Marner et Nylander), dont deux top-4, ainsi qu’un agent libre acquis à prix d’or (Tavares). En défense, le meilleur joueur (Reilly) a joué 14 matchs en carrière pour les Marlies, et le gardien a été acquis par voie de transaction. Toronto n’a rien à voir avec Boston, Tampa Bay ou Caroline, deux clubs qui ont ont vraiment repêché et développé des vedettes hors du top-10. Il n’y a pas de Pastrnak, Bergeron, Marchand, Kucherov, Point, Aho ou Slavin à Toronto. Alors je vois mal comment Han fait pour se croire si supérieur.

Ceci dit, à l’écouter dénigrer l’organisation du CH, je me rendais compte qu’au-delà de sa prétention injustifiée, il faisait une erreur fondamentale, une erreur faite par beaucoup trop de gens qui se veulent progressistes dans le milieu du hockey. Han, comme bien d’autres, surévalue de beaucoup l’importance du développement au hockey, une fois rendu au niveau professionnel. Le développement est critique au hockey mineur et au niveau junior, mais rendu au niveau professionnel les facteurs les plus importants qui mèneront un joueur au succès sont le talent et l’aptitude mentale à être un joueur de hockey professionnel. Les données le montrent, la ligue américaine est une ligue pour donner de l’expérience aux défenseurs et aux gardiens, de même qu’aux futurs attaquants de profondeur. Très peu d’attaquants offensifs passent par la AHL ou y font un long séjour. Le talent parle dès le début et c’est la clé de la réussite. Notre ami Han dans ses péroraisons avec Godin et Basu disait que Joel Bouchard était un bon coach de système, mais qu’il avait de la misère avec les joueurs de talent. Bizarrement, le seul joueur de grand talent offensif que Bouchard a eu en deux ans à Laval, Jesperi Kotkaniemi a inscrit 13 points en 13 matchs sous ses ordres, et ce à seulement 19 ans. Cet exemple est la preuve parfaite que c’est le talent qui compte. Bouchard a probablement aidé Kotkaniemi avec son jeu d’ensemble, mais ce n’est pas lui qui lui a montré à accumuler des points.

La clé du succès d’une organisation repose selon moi dans le volume et la qualité du repêchage. En d’autres mots ils faut accumuler des choix le plus possible et présenter un bon taux de succès. On sait d’avance que l’obtiendra pas un taux de succès de 100 %, même pas en première ronde. On sait que globalement, incluant tous les choix tardifs, on ne frappera même pas pour 40%. Mais un taux de succès de 25-30% lorsqu’on repêche 10 fois par année, comme le CH le fait dernièrement, peut faire toute la différence au final.

L’autre aspect critique pour obtenir du succès est une gestion efficace des actifs et de la masse salariale. À ce sujet je reviens toujours avec l’exemple de Bill Belichick coach en chef et DG des Patriots de la NFL. Belichick n’a jamais hésité à échanger un joueur trop tôt que trop tard, ou à le laisser partir comme UFA et ainsi obtenir un bon choix de repêchage compensatoire. La LNH, n’offre pas ce type de choix compensatoire pour le perte de joueurs comme agents libres. Le DG de la LNH doit donc être plus prévoyant et échanger le joueur qu’il ne gardera pas avant sa dernière saison. Cette recette a fait le succès immense des Patriots. Comme je le disais le système de la LNH est un peu différent, mais l’approche de Belichick peut facilement y être adaptée. Dans le cas de Bergevin ça veut dire chercher à conclure d’autres transactions du genre de celle conclue pour envoyer Max Pacioretty à Vegas avant sa dernière année de contrat. Entre prendre exemple sur Kyle Dubas, Johnny Chayka ou Bill Belichick, je sais quel exemple je déciderais de suivre. Bien sûr, Belichick a 67 ans, ça ne fait pas vraiment nouvelle vague, mais l’efficacité de la méthode a été bien démontrée. Le beauté pour le CH d’adopter une telle approche c’est que Bergevin a montré qu’il perdait très rarement une transaction. Il serait donc un bon candidat pour adopter une telle approche.

Pour ce qui est du développement, je ne dis pas que ça n’a pas son importance. Si Joel Bouchard peut produire un gardien #1 en Primeau en gérant bien son utilisation, de même que bien enseigner aux jeunes défenseurs, et aux attaquants de profondeur, il aura accompli son travail. Si d’aventure un attaquant plus offensif comme Ylonen émergeait au fil du temps, ce serait un bonus.

Comparaison 2009 vs 2020

C’est facile de dire que le CH n’est pas assez drastique dans sa reconstruction pour espérer émerger dans cinq ans comme un grand aspirant à la coupe, mais la réalité c’est qu’on ignore ce que le pipeline actuel va produire comme joueurs de haute qualité. On a de bons indices du potentiel de certains jeunes, mais pas de certitude sur le niveau qu’ils vont vraiment atteindre. Rappelez-vous de juin 2009. Price est loin d’être établi comme gardien #1, et le trio du repêchage 2007, McDonagh/Pacioretty/Subban est loin d’avoir révélé le niveau qu’ils vont atteindre. Un observateur critique à ce moment-là pouvait dire que ce quatuor de joueur n’avait rien d’extraordinaire et ne pouvait devenir la base d’un futur aspirant à la coupe.

Au lieu de miser sur ce quatuor pour le moyen terme, Gainey y est allé pour le court terme et a tout bousillé. Il a raté John Carlson en 2008 à cause de l’échange pour acquérir un an des services de Alex Tanguay, puis en juin 2009 il a littéralement donné Ryan MacDonagh aux Rangers. En plus de ces erreurs, il a artificiellement amélioré l’équipe en signant Gionta et Cammalleri comme joueurs autonomes, ce qui a nuit aux repêchages de 2010 et 2011.

Donc, le CH est actuellement dans une position similaire à celle du CH de 2009, sauf qu’il a plus qu’un quatuor de bons espoirs, et il a plus de bons jeunes vétérans déjà sur l’équipe. Allons-y d’une petite comparaison entre la situation en juin 2009 et celle de juin 2020.

VÉTÉRANS

2009: Kovalev (35 ans), Koivu (33 ans), Hamrlik (34 ans), Lang (37 ans)
2020: Weber (34 ans), Price (32 ans), Petry (31 ans), Byron (30 ans)

JEUNES VÉTÉRANS

2009: Markov (29 ans), Plekanec (25 ans), Komisarek (26 ans), Higgins (25 ans et échangé pour Gomez), Tanguay (28 ans, perdu comme UFA)

2020: Tatar (28 ans), Danault (26 ans), Gallagher (27 ans), Armia (26 ans), Chiarot (28 ans), Kulak (25 ans)

JEUNES

2009: Price (21 ans), A. Kostitsyn (23 ans), Lapierre (23 ans), Latendresse (21 ans), S. Kostitsyn (21 ans), Gorges (24 ans), O’Byrne (24 ans), Halak (23 ans)

2020: Suzuki (20 ans), Domi (24 ans), Drouin (24 ans), Lekhonen (24 ans), Mete (21 ans), Kotkaniemi (19 ans), Fleury (20 ans)

PIPELINE

2009: McDonagh, Pacioretty, Subban, Emelin, Chipchura, Weber, Kristo, Fortier, Maxwell, Carle, White, (2009: choix #18, #65, #79)

2020: Evans, Primeau, Romanov, Struble, Harris, Caufield, Poehling, Brook, Ylonen, Ikonen, Norlinder, Hillis, Olofsson, (2020: choix #8, #39, #40, #60, #72, #90)

Comme on peut le voir facilement, l’état des effectifs et actifs est de loin supérieur à tous les niveaux en 2020 qu’en 2009. Les vétérans sont plus jeunes et ont plus de valeur d’échange. Il est vrai que chez les jeunes vétérans il n’y a pas un joueur en 2020 aussi bon que Markov, mais il y a plus de profondeur. Au niveau des jeunes de moins de 25 ans, il y a Price et Halak en 2009, le reste ne donnera rien. Il est encore tôt, mais il est clair que 2020 est de loin supérieur même si 2009 avait Price. Pour ce qui est du pipeline et des choix de repêchage à venir, il faut retirer McDonagh du lot car il va être donné aux Rangers. Donc, c’est Subban et Pacioretty contre le reste et au niveau des choix à venir 2020 est de loin supérieur, en assumant que le club garde son choix top-10.

Tout ça pour démontrer que Bergevin a beaucoup d’atouts dans ses mains. Si il évite les erreurs de 2009 et continue de se rajeunir et de construire, il est clair que le potentiel est là. Maintenant, combien de joueurs du pipeline et de très jeunes joueurs comme Kotkaniemi et Suzuki vont pleinement éclore? C’est là que se trouve la grande inconnue. On peut imaginer un scénario neutre, avec des succès et des échecs, un négatif où tout sera à recommencer et Bergevin sera congédié, ou un positif où la plupart des meilleurs prospects rencontreront les attentes, avec une ou deux surprises positives à la Gallagher. Dans ce cas de figure, le CH deviendra assurément un aspirant à la coupe d’ici trois ans.

L’argent, toujours l’argent

Je relisais le titre du texte original du sujet de discussion précédant, “Il ne reste que le repêchage” et cette affirmation est aujourd’hui probablement fausse. La ligue s’entête à vouloir sauver une saison perdue. Quelle sera la valeur du résultat d’une telle saison? Une saison de la LNH est un comme un marathon en course à pied. C’est long et ça demande de l’endurance. Alors imaginez un marathon interrompu aux trois quarts du parcours et où l’on reprendrait la course après une longue pause pour le dernier quart avec tous les coureurs bien reposés, tellement que certains auraient perdu la forme optimale. Le résultat ne serait pas le même. C’est ce que la ligue tente de faire avec son projet alambiqué de saison été/automne. Aussi, comme si ce n’était pas assez distordu, on va prendre des coureurs éliminés, les ramener dans la course, ainsi, le résultat final restera toujours douteux, quel qu’il soit.

On aura droit à du grand n’importe quoi au niveau sportif pour essayer de perdre un peu moins d’argent. Pourtant, en 2004/2005, la LNH et l’association des joueurs n’avaient pas hésité à perdre une saison entière, incluant la coupe Stanley. Dans les deux cas les parties ont agi en pensant que les partisans seraient toujours là, peu importe ce qu’on leur faisait subir. La préoccupation première d’une ligue sportive devrait être l’intégrité du sport. En voulant sauver une saison malheureusement perdue, la ligue et les joueurs montrent que leur préoccupation première est encore et toujours l’argent.

N’oubliez pas que le plan actuel implique un gagnant de la coupe en novembre et le début d’une nouvelle saison juste après. C’est complètement ridicule car non seulement le résultat de la saison actuelle sera douteux, mais cette façon de faire viendra aussi ternir la saison suivante. Les clubs exclus des séries ne pourront rejouer avant décembre prochain, alors que les clubs qui feront le carré d’as risqueront l’épuisement professionnel. Deux saisons seront entachées au lieu d’accepter la perte de la saison actuelle.

Finalement, qu’en sera-t-il du repêchage? Aura-t-il lieu après la fin de la première ronde des séries à 24 clubs? Un club comme Montréal risque de perdre un choix top-10 à cause qu’on l’a inclus comme dernière équipe dans ces séries de pacotille. Les adeptes du “Une fois en séries, avec Carey tout est possible” se font aller ce temps-ci, ce qui aussi est ridicule, Mais même advenant une conquête miraculeuse de la coupe par le CH cet automne, le résultat serait toujours marqué d’un astérisque car le club était exclu de celles-ci selon les vraies règles. Finalement, tout ça pour dire qu’on prend les partisans pour des imbéciles, encore une fois, et qu’au fond, ce qui compte n’est pas l’intégrité d’un championnat sportif professionnel, mais l’argent qu’on pense pouvoir sauver.